De très nombreux oracles, en général rendus par des formes particulières (statue, image) des divinités majeures, ou encore par des hommes divinisés Amenhotep I à Thèbes) et des animaux sacrés rythmaient la vie des particuliers qui s’enquéraient auprès d’eux de l’opportunité d’un voyage, du bien fondé de l’achat d’un âne, des chances qu’avait un nouveau né d’échapper à la mort ; les oracles servaient aussi d’instance judiciaire pour trancher les innombrables chicanes ou pour établir la culpabilité d’un malfaiteur ; au demeurant, ils étaient cumulatifs, et si on n’était pas satisfait de la réponse d’un oracle, on pouvait recourir à un ou plusieurs autres !

Le rôle politique de l’oracle a évolué.

Pendant la XVIIIe dynastie, il n’intervient qu’à titre exceptionnel, sans être sollicité, pour élire le futur pharaon (Hatchepsout/Thoutmosis III). En revanche, s’il arrive que les pharaons consultent le dieu sur tel projet important (expédition de Pount sous Hatchepsout, campagne militaire en Nubie sous Thoutmosis IV), c’est dans l’intimité du sanctuaire, et à travers une inspiration directe. Mais dès l’époque ramesside apparaît, avec l’extension de la portée du domaine du temple d’Amon, l’extension de la portée de son oracle ; Ramsès II le consulte pour nommer le grand prêtre d’Amon Nebounenef.

Avec la XXIe dynastie et le début de la Troisième Période Intermédiaire, l’avènement de la théocratie implique un saut qualitatif dans le statut de l’oracle dans les régions qui se trouvent sous la juridiction du domaine d’Amon, c’est-à-dire la Haute et Moyenne Égypte, d’une part, la province de Tanis, d’autre part Amon est censé gouverner directement à travers son oracle, consulté par le grand prêtre ou le pharaon. Cet oracle intervient régulièrement non seulement dans les procédures judiciaires, mais encore comme garantie des actes privés, tels les transferts de biens, et comme caution des rites ou des objets funéraires dont l’efficacité immanente est désormais mise en doute. Il tranche les affaires politiques, par exemple la question de l’amnistie accordée aux bannis dans les oasis et, plus encore, contrôle le pouvoir pharaonique ; voilà pourquoi Osorkon II, Taharqa et sans doutes bien d’autres pharaons ont soumis leur programme de gouvernement à l’approbation de l’oracle d’Amon.

Faut-il insister, tant c’est évident, sur la puissance en conséquence détenue par ceux qui manipulent, c’est à dire le haut-clergé ?

Sophie Desplancques