Le Voyage de
S
ant Efflam-
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11 juin 1999
Le bateau est transporté par camion de Douarnenez en Bretagne jusqu’à Oban dans le nord de l’Ecosse.

En compagnie des pêcheurs locaux.
(Photo Tristan Clamorgan)

21 juin
Après dix jours de préparatifs à Oban, dans la marina de Dunstaffnage, où l’équipage a reçu un accueil très chaleureux, le Sant Efflam prend la mer.


Passage du pont de Clachan Seil,
Ecosse.
(Photo Tristan Clamorgan)
 
Hutte de pierre des moines, archipel des Garvellachs,
Ile d'Aileach An Naoinmh.
(Photo : Gaëlle Berthelot)

Un autre membre de l’équipage nous rejoint avec le zodiaque, bateau de sécurité de l’expédition.

Nous embarquons Maggie, habitante de Jura, pour une courte étape. Elle nous révèle à bord ses talents de chanteuse.

6 juillet
Le Sant Efflam continue sa route jusqu’à l’île d’Islay. Nous débarquons devant la distillerie de Lagavullin. L’équipage est invité à visiter le lieu, et à savourer le whisky. A notre grande surprise, nous sommes conviés à y passer la nuit.

8 juillet
Nous quittons l’Ecosse à l’aube, et le Sant Efflam rejoint les côtes irlandaises en fin d’après-midi. Trois nouveaux membres d’équipage nous attendent à Portrush. Ces retrouvailles sont l’occasion d’une grande fête, où sont conviés Robin Ruddock et ses amis. Eux-mêmes ont conduits deux ans auparavant un grand curragh de mer, le Colmcille, depuis Portrush jusqu’à Iona, en Ecosse.

5 juillet
Le Sant Efflam arrive à Craighouse, sur l’île de Jura. Avant cette étape, nous sommes passés par l’île d’Aileach An Naoinmh, archipel des Garvellachs, où nous visitons pour la première fois des vestiges de sites monastiques (huttes de pierre et ruines de chapelle). Au cours des étapes entre Seil et Luing, nous rencontrons la réplique d’un drakkar du 11°siècle. Les équipages sympathisent et se donnent rendez-vous pour de prochaines étapes. A noter, le passage dans les Ferries, et ses paysages magnifiques : petits lochs traversés à la rame, à la tombée de la nuit, en compagnie des phoques, dans un calme absolu. Moment magique !

Sur l’île de Jura, l’accueil est très généreux. Un pêcheur nous offre notamment une quantité impressionnante de coquilles Saint-Jacques...

Ile de Jura. (Dessin : Gaëlle Berthelot)


Sous voile. (Photo : Christel Garry)

Arrivée à Portrush, Irlande
(Photo Tristan Clamorgan)

9 juillet
Nous faisons une escale à Greencastle, qui porte bien son nom, puisque sur les rives se dressent les ruines d’un château entièrement envahi par la végétation. Nous passons la nuit aux pieds d’un phare.

10 juillet
Réparations nécessaires sur le bateau : le gouvernail latéral a souffert de la dernière navigation.

11 juillet
Grande journée de navigation. Nous parcourons 35 miles, passons la Pointe de Malin Head, réputée par la violence de ses courants. Nous atteignons Rosapenna, petit abri devant un ancien chantier naval dans la Murloy Bay. L’équipe de France 3 Ouest nous attend pour la suite de leur reportage commencé la première semaine en Ecosse.

15 juillet
Nous reprenons la mer après quatre jours restés à terre en raison du mauvais temps. Yann, notre nouveau skipper, prend le relais de Kim dans des conditions météo difficiles. Les 12 miles que nous parcourons ce jour-là sont les plus impressionnants que le Sant Efflam ait jamais rencontré. Nous rejoignons le petit port de Dunfanaghy.

17 juillet
Dans l’attente d’une fenêtre météo favorable pour rejoindre Tory Island, nous reprenons carnets de dessin, photos, écrits...

Au mouillage. (Dessin : Gaëlle Berthelot)
18 juillet
Par un vent favorable, nous gagnons Tory Island, la seule île d’Irlande à être encore dirigée par un roi. Patsy Dan Rodgers a été élu démocratiquement par la communauté de l’île, et sa fonction est essentiellement honorifique. Sa Majesté en personne nous accueille sur le quai. Nous remontons la rue principale de la petite bourgade, escortés par une bande de gamins qui nous guident et échangent entre eux des plaisanteries en gaélique. La langue est encore très vivante sur l’île. Tory dégage un sentiment d’isolement intense et de liberté. Aujourd’hui, le port de Tory Island est en pleine effervescence. Depuis deux jours est arrivée une grande barge chargée de grues, de blocs de béton et de ciment. On y construit une nouvelle digue qui fera du port un abri sûr pour les ferry, les pêcheurs et les plaisanciers. Au milieu de ces monstres d’acier, le Sant Efflam, fragile et anachronique.
19 juillet
Un avis de coup de vent est annoncé. Le Roi nous conseille de hisser le bateau sur la cale, et c’est tout le port, qui spontanément, vient nous prêter main-forte. Il nous reste à organiser le campement pour plusieurs jours.
Mise à sec à Tory Island. (Photo : Christel Garry)
Le roi. (Dessin : Barthélémy Schlumberger) (Photo : Christel Garry)

21 juillet
Depuis trois jours, nous arpentons l’île sous la tempête. Elle n’en finit pas de nous surprendre par son aridité, ses reliefs si particuliers, son côté intemporel. Mais c’est à travers la rencontre de ses habitants que la force de cette île se révèle être la plus intense. Le Roi fait preuve d’une grande disponibilité à notre égard, et nous découvrons ses multiples talents, tantôt historien, musicien, peintre...

Tory Island. (Dessin : Yann Jagot)

22 juillet
Nous quittons Tory Island, profitant d’une accalmie météo. Au moment du départ, le Roi nous remet l’argile sacrée de l’île, qui doit protéger le bateau et son équipage pendant toute la durée de l’expédition. Difficile de partir... Nous emportons avec nous le souvenir de formidables rencontres et le rêve, pourquoi pas, de revenir un jour...

24 juillet
Après deux jours passés au petit port de Gweedore Harbour, nous retrouvons sur l’île d’Aranmore Padraig O Duinnin, qui nous a appris les techniques de construction d’un curragh, lors d’un stage à Cork il y a deux ans.

25 juillet
Une grande journée de navigation nous attend jusqu’à Teelin Harbour. Padraig est à bord avec son fils, il apprécie la traversée et les qualités du bateau.
Padraig. (Photo : Christel Garry)
 


Hutte de pierre. (Dessin : Gaëlle Berthelot)

26 juillet
Nous faisons route vers Inishmuray. Cette île n’est abordable que par beau temps et mer calme. L’île fut habitée par une communauté de pêcheurs jusque dans les années trente, puis fut désertée. En retrait de la grève se dresse un monastère très ancien, l’un des mieux préservés du genre. Il fut fondé par les premiers moines celtes vers la fin du VI°siècle. Ce sont les mêmes hommes qui, d’Irlande en Bretagne, du Pays de Galles en Ecosse, parsemèrent les îles de constructions semblables. Saint Pol fonda d’ailleurs un monastère identique à celui-ci sur l’île d’Ouessant. Il règne en ces lieux une atmosphère mystique, et l’endroit nous parait enchanteur, d’un calme presque irréel.

Inishmurray.
(Photo : Christel Garry)

Nous admirons les techniques de construction en pierres sèches qui ont permis à ces huttes de traverser 1400 ans de tempêtes et de vents furieux. C’est à la brune que le curragh pénètre à Killala Bay, où nous attend une journaliste du Irish Times.

28 juillet
Hier, nous avons atteint Broad Haven Bay. Pour parvenir au port de Bellmullet, il faut passer sous un pont et le Sant Efflam doit démâter. A noter que ce passage est aussi possible grâce au faible tirant d’eau du bateau. Nous arrivons à Achill Sound par une enfilade de bras de mer très étroits, et nous renouvelons cette manœuvre pour le passage d’un deuxième pont. A Achill, nous sommes accueillis par John, le prêtre de l’île. Graham, un équipier du drakkar, nous rejoint au cours de cette étape.

30 juillet
Nous quittons Achill Sound, et John nous accompagne à bord pour quelques miles à l’aviron. Nous faisons route vers l’une des innombrables îles qui forment, autour de Wesport, un vaste archipel. Nous débarquons à Collanmore, l’une des îles choisies par l’école de voile des Glénan pour y établir une base.

1 août
Nous atteignons l’île de Inishboffin, située à 8 km au large du Connemara. Un premier monastère fut fondé en 668 par St Colman, évêque de Lindisfarme. St Colman illustre bien la lutte qui exista entre l’église romaine et l’église celtique. Rome voyait d’un mauvais œil une église qui intégrait des mythes et des coutumes païennes.
Inishboffin. (Photo : Christel Garry)

3 août
D’Inishboffin, nous gagnons le port voisin de Cleggan, où nous accueille Jean Le Dorven, un breton ostréiculteur à Cladaggduff. Biologiste de formation, Jean est installé depuis 1977 en Irlande, où les eaux propres du Connemara l’ont incité à monter une écloserie d’huîtres et de palourdes. Jean fait partie de ces bretons installés en Irlande comme en une " seconde patrie ".

7 août
Nous quittons Cladaggduff et nous nous dirigeons vers l’île de Saint Magdara, où se dresse une chapelle du VIII°siècle, extraordinairement conservée.

8 août
A Omey Island, nous bénéficions des lumières de Michaël Gibbons, archéologue : notre exploration commence par un tour rapide du cimetière, où subsistent les restes de tombes médiévales, derniers vestiges d’un monastère fondé par St Brandan au VI°siècle. Il fut remplacé au X° siècle par une église du clergé séculier ,sur la côte nord de l’île. Michaël nous explique qu’il existait deux cimetières distincts sur l’île. Celui sur lequel nous nous trouvons à présent était exclusivement réservé aux femmes. La légende dit que si un homme était enterré à cet endroit, la terre rejetait ses os qui tombaient dans la mer.

12 août
Le Sant Efflam est à Galway depuis trois jours. Cette étape nous permet d’effectuer quelques réparations sur le bateau et de le préparer pour les longues traversées qui nous conduiront d’Irlande au Pays de Galles. Nous rencontrons aussi l’un de nos partenaires, Dubarry, qui a fourni les bottes de l’équipage.

15 août
Le Sant Efflam est arrivé aux Iles d’Aran il y a deux jours, à Inishmore. Nous retrouvons Rury Concannon, 70 ans, dernier constructeur de curraghs des Iles d’Aran. Nous l’avions rencontré en février 97, lors d’un voyage d’étude. Depuis le néolithique, les Curragh ont très peu évolué dans leur allure générale comme dans leur technique de construction, signe d’une grande adaptation au milieu... Petits voiliers à l’époque des moines navigateurs, ils ont ensuite diminué de taille et perdu leurs voiles pour n’être plus que des bateaux d’avirons. Une petite misaine subsista néanmoins jusqu’au début du siècle. Pourtant les dessins du capitaine Phillips, datant du XVI° siècle, représentent encore de grands curraghs en cuir, qui devaient marcher aussi bien à la voile qu’à l’aviron.

16 août
Nous décidons de profiter d’un vent de norois pour quitter Inishmore vers 3 heures du matin. Quarante miles nous séparent de l’embouchure de la Shannon River. Dès la sortie de Gregory Sound, une forte houle s’empare du bateau. Après une traversée de 13 heures dans des conditions météo difficiles, nous distinguons à l’aurore le cap de Hoop Head, qui marque l’entrée de l’estuaire de la Shannon River. Nous trouvons un abri sûr à Kilbaha.

22 août
Le Sant Efflam a franchi les Blasket jusqu’au port de Dingle, où il est bloqué depuis quelques jours par une tempête.

24 août
Le Sant Efflam se trouve actuellement au niveau de la pointe de Valentia et fait route vers
Skellig Michaël. Maddy, une équipière du bateau viking nous a rejoint à bord et devrait rester avec nous jusqu’à la fin de l’expédition . La prochaine étape sera sans doute Baltimore.

28 août
Silence à bord, les regards se sont tournés vers le majestueux pic et ses mystères. Sur le rebord d'un épaulement, apparaissent les toits de pierres d'un groupe de huttes. Skellig Mickaël, au large de Valentia, sur la côte sud-ouest de l'Irlande, est le lieu le plus mythique du christianisme médiéval irlandais.

C'est un pic d'une centaine de mètres de haut, à huit miles au large, exposé aux humeurs d'une mer qui ne permet d'y aborder que quelques jours par an. Ce ne sont qu'à pics et pentes rocailleuses, arêtes vives et flèches sculptées par les vents. Nous nous demandons comment Saint Finnian et ses moines purent avoir l'idée d'y construire un monastère...

Pour le pèlerin qui rend visite aux moines entre le VIe et le Xe siècles, Skellig Mickaël représente la porte magique vers le ciel. Une centaine de marches de pierres relie le monastère à la mer.

Cinq huttes de pierres et trois oratoires surplombent le vide. Il s'agit d'une construction en terrasse, un travail colossal si on imagine les conditions dans lesquelles elle fut construite.

Maureen, archéologue qui travaille sur le site, guide nos regard sur les différentes parties du monastère : "les moines entretenaient un petit jardin potager. Ils devaient aussi avoir quelques chèvres et moutons... Ici, cette cellule plus grande servait à entreposer des vivres et du matériel. Les moines étaient moins isolés qu'on ne le pense, hormis les mois d'hiver." Elle poursuit : "Nous avons cru à un mirage en voyant votre bateau s'approcher tout à l'heure. Il y a bien mille ans qu'un tel navire ne s'est approché des Skelligs." Nous rions.

Depuis les Skellig nous n'avons rencontré que de bonnes conditions météo et des vents favorables, ce qui nous a conduit successivement à Baltimore, Kingsale, Crosshaven, Ballycotton... Toute la côte sud de l'Irlande a défilé à une vitesse stupéfiante. A Ballycotton, nous nous posons la question de savoir si nous allons continuer ainsi jusqu'à Rosslare pour traverser le canal Saint Georges et arriver au Pays de Galles, ou si nous tentons une traversée directe vers la Cornouaille. Le choix n'est pas facile !

Nous avons tous envie de longer les côtes du Pays de Galles, haut lieu du christianisme celtique, mais cela nous prendrait 15 jours et nous ne pourrions être prêts pour la Manche que vers le 14 ou le 15 septembre. Or, nous savons que les coups de vents en Manche sont fréquents à partir de la deuxième quinzaine de septembre, et qu'il est peu prudent pour un bateau comme le Sant Efflam de s'attarder dans ces parages lorsque le bonne saison touche à sa fin.

De plus, certains d'entre nous ont des impératifs de boulot ! Que nos moines navigateurs n'avaient pas...

Une autre donnée essentielle va faire basculer notre décision en faveur d'une traversée directe : les prévisions météo. En observant les cartes satellites, nous nous apercevons que nous avons devant nous au moins 5 à 6 jours de conditions idéales pour tenter un tel passage. Nous décidons de saisir notre chance et préparons le voyage. Nous calculons que de Ballycotton (Irlande) à Saint Yves (Cornouailles), plus de 40 heures seront nécessaires pour couvrir les 140 miles nautiques . Ce sera la plus longue traversée du Sant Efflam : 2 jours et 2 nuits en mer.

En fait nous resterons en mer plus de 60 heures, poussés par un vent très faible et une mer d'un calme inhabituel, lorsqu'on songe que c'est dans ce paysage qu'Eric Tabarly fit son dernier voyage.

Mardi 31 août, 1 h 30 du matin.

Cette nuit va nous permettre de tester l'efficacité de notre système de veille. Car le plus gros danger pour le Sant Efflam ne réside plus dans les brisants et les falaises de la côte ouest de l'Irlande, mais vient des autres bateaux : chalutiers, cargos, porte-containers, super-tankers et ferries, pour qui le Sant Efflam n'existe pas plus sur l'eau qu'un fou de Bassant et qui, nous tranchant en deux, ne le sentiraient probablement même pas !

C'est pourquoi le grand jeu de chaque nuit est de surveiller l'évolution de ces multiples point lumineux et d'essayer de savoir à quel moment l'un d'entre eux, lancé à quinze ou vingt nœuds, va croiser notre route... Pour Yann, c'est le calvaire, il se réveille tous les quart d'heures pour vérifier nos calculs et nous accomplissons chaque nuit, de véritables zig-zag ce qui rallonge considérablement la route. Trois assurent donc cette vigie et les quarts à la barre durent trois heures pendant que les autres, allongés dans les fonds, essaient de trouver le sommeil.

Nous attendons à Sant Mickaël Mount, près de Penzance, le moment de traverser la Manche pour notre dernière ‚tape et pensons arriver à Ouessant autour du 10-11 septembre. Nous donnerons alors une dernière main à la fête d'arrivée le 18 septembre, à Landevennec.

L’équipage
Tristan Clamorgan . Julian Stone . Wendy Mitchell . Yann Jagot . Goulven Jagot . Christel Garry . Stéphanie Moal . Michael Lebrun . Aziliz Clamorgan . Isabelle Monbureau. Hervé Monbureau .Gaëlle Berthelot . Kim . Barthélémy Schlumberger . Gabrielle Islwyn. Angèle Pardo Gracia . Carmen . Mireille Grougon . Claude Bourdon . Loic Jourdain . Michael Dumont . Eric . Graham . Maddy . Pierre . Jean-Baptiste Stone.

Et les invités...
Padraig o Duinnin . Maggie . Philippe . Father John . Robbin Ruddock .

 
Le Voyage de
S
ant Efflam
Association "Aux Marches du Cranou"
Nellac'h - 29460 HANVEC
Tél/Fax : 02 98 21 91 23