
Hutte
de pierre. (Dessin :
Gaëlle Berthelot)
|
26
juillet
Nous faisons route vers Inishmuray.
Cette île nest abordable que par
beau temps et mer calme. Lîle fut
habitée par une communauté de pêcheurs
jusque dans les années trente, puis fut
désertée. En retrait de la grève se
dresse un monastère très ancien,
lun des mieux préservés du genre.
Il fut fondé par les premiers moines
celtes vers la fin du VI°siècle. Ce
sont les mêmes hommes qui,
dIrlande en Bretagne, du Pays de
Galles en Ecosse, parsemèrent les îles
de constructions semblables. Saint Pol
fonda dailleurs un monastère
identique à celui-ci sur lîle
dOuessant. Il règne en ces lieux
une atmosphère mystique, et
lendroit nous parait enchanteur,
dun calme presque irréel. |

Inishmurray. (Photo :
Christel Garry)Nous admirons les techniques de
construction en pierres sèches qui ont
permis à ces huttes de traverser 1400
ans de tempêtes et de vents furieux.
Cest à la brune que le curragh
pénètre à Killala Bay, où nous attend
une journaliste du Irish Times.
|
28
juillet
Hier, nous avons atteint Broad Haven Bay.
Pour parvenir au port de Bellmullet, il faut
passer sous un pont et le Sant Efflam doit
démâter. A noter que ce passage est aussi
possible grâce au faible tirant deau du
bateau. Nous arrivons à Achill Sound par une
enfilade de bras de mer très étroits, et nous
renouvelons cette manuvre pour le passage
dun deuxième pont. A Achill, nous sommes
accueillis par John, le prêtre de lîle.
Graham, un équipier du drakkar, nous rejoint au
cours de cette étape.
30 juillet
Nous quittons Achill Sound, et John nous
accompagne à bord pour quelques miles à
laviron. Nous faisons route vers lune
des innombrables îles qui forment, autour de
Wesport, un vaste archipel. Nous débarquons à
Collanmore, lune des îles choisies par
lécole de voile des Glénan pour y
établir une base.
 |
1 août
Nous atteignons lîle de
Inishboffin, située à 8 km au large du
Connemara. Un premier monastère fut
fondé en 668 par St Colman, évêque de
Lindisfarme. St Colman illustre bien la
lutte qui exista entre léglise
romaine et léglise celtique. Rome
voyait dun mauvais il une
église qui intégrait des mythes et des
coutumes païennes. |
| Inishboffin. (Photo :
Christel Garry) |
3
août
DInishboffin, nous gagnons le port
voisin de Cleggan, où nous accueille Jean Le
Dorven, un breton ostréiculteur à
Cladaggduff. Biologiste de formation, Jean
est installé depuis 1977 en Irlande, où les
eaux propres du Connemara lont incité à
monter une écloserie dhuîtres et de
palourdes. Jean fait partie de ces bretons
installés en Irlande comme en une
" seconde patrie ".
7 août
Nous quittons Cladaggduff et nous nous
dirigeons vers lîle de Saint Magdara, où
se dresse une chapelle du VIII°siècle,
extraordinairement conservée.
8 août
A Omey Island, nous bénéficions des
lumières de Michaël Gibbons,
archéologue : notre exploration commence
par un tour rapide du cimetière, où subsistent
les restes de tombes médiévales, derniers
vestiges dun monastère fondé par St
Brandan au VI°siècle. Il fut remplacé au X°
siècle par une église du clergé
séculier ,sur la côte nord de lîle.
Michaël nous explique quil existait deux
cimetières distincts sur lîle. Celui sur
lequel nous nous trouvons à présent était
exclusivement réservé aux femmes. La légende
dit que si un homme était enterré à cet
endroit, la terre rejetait ses os qui tombaient
dans la mer.
12 août
Le Sant Efflam est à Galway depuis trois
jours. Cette étape nous permet deffectuer
quelques réparations sur le bateau et de le
préparer pour les longues traversées qui nous
conduiront dIrlande au Pays de Galles. Nous
rencontrons aussi lun de nos partenaires,
Dubarry, qui a fourni les bottes de
léquipage.
15 août
Le Sant Efflam est arrivé aux Iles
dAran il y a deux jours, à Inishmore. Nous
retrouvons Rury Concannon, 70 ans, dernier
constructeur de curraghs des Iles dAran.
Nous lavions rencontré en février 97,
lors dun voyage détude. Depuis le
néolithique, les Curragh ont très peu évolué
dans leur allure générale comme dans leur
technique de construction, signe dune
grande adaptation au milieu... Petits voiliers à
lépoque des moines navigateurs, ils ont
ensuite diminué de taille et perdu leurs voiles
pour nêtre plus que des bateaux
davirons. Une petite misaine subsista
néanmoins jusquau début du siècle.
Pourtant les dessins du capitaine Phillips,
datant du XVI° siècle, représentent encore de
grands curraghs en cuir, qui devaient marcher
aussi bien à la voile quà laviron.
16
août
Nous décidons de profiter dun vent de
norois pour quitter Inishmore vers 3 heures du
matin. Quarante miles nous séparent de
lembouchure de la Shannon River. Dès la
sortie de Gregory Sound, une forte houle
sempare du bateau. Après une traversée de
13 heures dans des conditions météo difficiles,
nous distinguons à laurore le cap de Hoop
Head, qui marque lentrée de
lestuaire de la Shannon River. Nous
trouvons un abri sûr à Kilbaha.
22 août
Le Sant Efflam a franchi les Blasket
jusquau port de Dingle, où il est bloqué
depuis quelques jours par une tempête.
24 août
Le Sant Efflam se trouve actuellement au
niveau de la pointe de Valentia et fait route
vers Skellig
Michaël.
Maddy, une équipière du bateau viking nous a
rejoint à bord et devrait rester avec nous
jusquà la fin de lexpédition . La
prochaine étape sera sans doute Baltimore.
28 août
Silence à bord, les regards se sont tournés
vers le majestueux pic et ses mystères. Sur le
rebord d'un épaulement, apparaissent les toits
de pierres d'un groupe de huttes. Skellig
Mickaël, au large de Valentia, sur la côte
sud-ouest de l'Irlande, est le lieu le plus
mythique du christianisme médiéval irlandais.

C'est un pic
d'une centaine de mètres de haut, à huit miles
au large, exposé aux humeurs d'une mer qui ne
permet d'y aborder que quelques jours par an. Ce
ne sont qu'à pics et pentes rocailleuses,
arêtes vives et flèches sculptées par les
vents. Nous nous demandons comment Saint Finnian
et ses moines purent avoir l'idée d'y construire
un monastère...
Pour le
pèlerin qui rend visite aux moines entre le VIe
et le Xe siècles, Skellig Mickaël représente
la porte magique vers le ciel. Une centaine de
marches de pierres relie le monastère à la mer.
Cinq huttes de
pierres et trois oratoires surplombent le vide.
Il s'agit d'une construction en terrasse, un
travail colossal si on imagine les conditions
dans lesquelles elle fut construite.
Maureen,
archéologue qui travaille sur le site, guide nos
regard sur les différentes parties du monastère
: "les moines entretenaient un petit jardin
potager. Ils devaient aussi avoir quelques
chèvres et moutons... Ici, cette cellule plus
grande servait à entreposer des vivres et du
matériel. Les moines étaient moins isolés
qu'on ne le pense, hormis les mois d'hiver."
Elle poursuit : "Nous avons cru à un mirage
en voyant votre bateau s'approcher tout à
l'heure. Il y a bien mille ans qu'un tel navire
ne s'est approché des Skelligs." Nous
rions.
Depuis les
Skellig nous n'avons rencontré que de bonnes
conditions météo et des vents favorables, ce
qui nous a conduit successivement à Baltimore,
Kingsale, Crosshaven, Ballycotton... Toute la
côte sud de l'Irlande a défilé à une vitesse
stupéfiante. A Ballycotton, nous nous posons la
question de savoir si nous allons continuer ainsi
jusqu'à Rosslare pour traverser le canal Saint
Georges et arriver au Pays de Galles, ou si nous
tentons une traversée directe vers la
Cornouaille. Le choix n'est pas facile !
Nous avons tous
envie de longer les côtes du Pays de Galles,
haut lieu du christianisme celtique, mais cela
nous prendrait 15 jours et nous ne pourrions
être prêts pour la Manche que vers le 14 ou le
15 septembre. Or, nous savons que les coups de
vents en Manche sont fréquents à partir de la
deuxième quinzaine de septembre, et qu'il est
peu prudent pour un bateau comme le Sant Efflam
de s'attarder dans ces parages lorsque le bonne
saison touche à sa fin.
De plus,
certains d'entre nous ont des impératifs de
boulot ! Que nos moines navigateurs n'avaient
pas...
Une autre
donnée essentielle va faire basculer notre
décision en faveur d'une traversée directe :
les prévisions météo. En observant les cartes
satellites, nous nous apercevons que nous avons
devant nous au moins 5 à 6 jours de conditions
idéales pour tenter un tel passage. Nous
décidons de saisir notre chance et préparons le
voyage. Nous calculons que de Ballycotton
(Irlande) à Saint Yves (Cornouailles), plus de
40 heures seront nécessaires pour couvrir les
140 miles nautiques . Ce sera la plus longue
traversée du Sant Efflam : 2 jours et 2 nuits en
mer.
En fait nous
resterons en mer plus de 60 heures, poussés par
un vent très faible et une mer d'un calme
inhabituel, lorsqu'on songe que c'est dans ce
paysage qu'Eric Tabarly fit son dernier voyage.
Mardi
31 août, 1 h 30 du matin.
Cette nuit va
nous permettre de tester l'efficacité de notre
système de veille. Car le plus gros danger pour
le Sant Efflam ne réside plus dans les brisants
et les falaises de la côte ouest de l'Irlande,
mais vient des autres bateaux : chalutiers,
cargos, porte-containers, super-tankers et
ferries, pour qui le Sant Efflam n'existe pas
plus sur l'eau qu'un fou de Bassant et qui, nous
tranchant en deux, ne le sentiraient probablement
même pas !
C'est pourquoi le grand
jeu de chaque nuit est de surveiller l'évolution
de ces multiples point lumineux et d'essayer de
savoir à quel moment l'un d'entre eux, lancé à
quinze ou vingt nuds, va croiser notre
route... Pour Yann, c'est le calvaire, il se
réveille tous les quart d'heures pour vérifier
nos calculs et nous accomplissons chaque nuit, de
véritables zig-zag ce qui rallonge
considérablement la route. Trois assurent donc
cette vigie et les quarts à la barre durent
trois heures pendant que les autres, allongés
dans les fonds, essaient de trouver le sommeil.
Nous attendons
à Sant Mickaël Mount, près de Penzance, le
moment de traverser la Manche pour notre
dernière tape et pensons arriver à
Ouessant autour du 10-11 septembre. Nous
donnerons alors une dernière main à la fête
d'arrivée le 18 septembre, à Landevennec.

Léquipage
Tristan Clamorgan . Julian Stone . Wendy
Mitchell . Yann Jagot . Goulven Jagot .
Christel Garry . Stéphanie Moal . Michael Lebrun
. Aziliz Clamorgan . Isabelle Monbureau. Hervé
Monbureau .Gaëlle Berthelot . Kim . Barthélémy
Schlumberger . Gabrielle Islwyn. Angèle Pardo
Gracia . Carmen . Mireille Grougon . Claude
Bourdon . Loic Jourdain . Michael Dumont .
Eric . Graham . Maddy . Pierre . Jean-Baptiste
Stone.
Et les
invités...
Padraig o Duinnin . Maggie . Philippe .
Father John . Robbin Ruddock .
|