Une peinture de marin
A Gildas Hémon
C'est un fait, mes peintures
respirent la Mer, comme, à coup sûr, ma peinture
ne respire qu'avec la Mer.
Et l'Océan n'est pas le domaine
sur lequel le colon s'installe. Aussi le terrien
reste-t-il sur l'estran, assis, contemplatif,
spectateur passif d'un monde de navires à la
relâche. Avec l'horizon, lui fuient les royaumes
du marin.
Ainsi les peintures "de
marine" du terrien sont-elles toujours la
mise en scène de cet horizon comme une
interdiction rassurante. Car il ne comprend pas,
ce terrien, que le marin ne part pas, il
retourne.
Il retourne à la Mer. Il retourne
à la Terre.
Il retourne à son port
d'attache
Il est le possesseur de ses
routes, et inéluctablement de celles de ses
retours. Tailler ces routes est le mobile actif,
l'appel des Sirènes, qui le fait confier son
destin ˆ quelque ridiculement minuscule
dispositif de planches ou de tôles.
C'est à ces courses qu'il fait son
miel.
Et les trésors qu'il rapporte des
îles ne sont pas ceux de l'armateur. Son sac ne
vaut guère plus au retour qu'àl'enrôlement. Non,
l'or de son miel, il le porte en lui,
inaliénable, l'Or d'être celui qui
est.
Dépourvu d'expérience marine, je
sais pourtant, travaillant dans ce beau
Douarnenez, quelle connivence profonde avec le
marin s'introduit dans ma peinture. Elle non plus
n'y cultive aucun carré de choux pas plus qu'elle
ne s'y installe de patrimoine.
Elle y fait juste escale parmi les
voies qu'elle se cherche.
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